...de l'Art Brut à l'art insensé...créateure autodidacte


portes ouvertes de l'atelier 3B106 le Samedi 23 JUIN de 11h à 21h

contact par mail pour adresse

Pour mon travail  j'ai tout d'abord retenu le terme d'Art Brut. Ce nom apporté par Jean Dubuffet avait retenu mon attention. Je considérais que ce que je produisais était l'émanation de mon inconscient... C'était venu comme ça...Je faisais quand ça me prenait... J'avais  élu les bois flottés sans raison apparente...Je faisais sans intention de montrer...

 

Indemne de toute culture artistique? Sans doute pas. Je vis dans un monde, je ne suis pas coupée de ce monde, ne suis pas isolée, renfermée ou mutique. Entre autre dans mon enfance j'ai eu accès à des références dans le domaine de la peinture, de la céramique, de la tapisserie, de la musique...

 

Indemne de toute technique artistique, je le suis. Je détestais les cours de dessins au lycée...Aucune perspective de vouloir en savoir plus côté dessin...

 

Je fais avec le désir, la pulsion, ça me pousse...

 

Un jour j'ai décidé d'exposer mon travail...J'ai quitté l'Art Brut...pour passer à ce que j'ai nommé l'art insensé...

 

Irène Chollet/anciennement brut niniMC

F, F1, F2,...

 

"interprétation de bois flottés" 1

 

Décembre 1999. Tempête sur la France.

Des tonnes de bois, racines, arbres, branches, débris jonchent les bords de la Gironde.

Je ramasse quelques bois, sensible à leurs formes, textures.

 

Je les entrepose.

Ils sèchent.

Un jour, j'en dispose quelques uns dans le jardin.

Bruts.

Ou peints.

 

Des mises en scène,

Parfois nommées, "Conversation", "La bête de la Reuille", "Drag Queen",

Et bien d'autres sans nom.

Le temps fait son oeuvre,

Certaines disparaissent.

De temps en temps, je retourne à la quête des morceaux de bois,

Toujours le coup d'oeil prévaut.

 

Certains attendent des années d'être choisi,

D'autres peints, trouveront leur aboutissement des années plus tard.

 

Le travail évolue...

Plus assumé,

Orienté vers l'objet (d') intérieur aussi.

 

Irène Chollet/anciennement brut niniMC, janvier 2012.

géantissime (2m50)

géantissime (détail)

 

"interprétations de bois flottés" 2

 

Bois flottés en bord de fleuves, de lacs, de mers, d'océans...

L'oeil quête, retient,

Hésite, y revient.

En partie masqués, enterrés, envasés,

La main vient à l'aide

Dégage,soulève, tourne, retourne,

Cherche l'improbable pour  faire élu ce bois.

Elu, pas toujours,

Rejeté, laissé tombé, exclus.

 

L'oeil tient, retient,

L'oeil cajole, embrasse,

La main rarement

Elle est seulement outil, dévouée à une cause.

 

Ces textures que l'oeil frôle toujours,

Que la main caresse parfois,

Les fils du bois, variables,

L'effilochage de certaines extrémités,

Les orifices, du plus petit à celui qui traverse de part en part jusqu'à faire trou,

Les excroissances, de la petite pointe à la déformation notoire qui deviendra forme à traiter,

Les couleurs,

De la teinte peut-être originelle

A celles données par le temps, par l'eau,

Par les rencontres avec d'autres bois,

Par les rencontres avec les pierres, la vase, la terre,

Rencontres avec le feu.

Les couleurs qui font taches,

Des traces qui font écriture.

 

Ces formes à qui l'oeil donne sens d'emblée ou plus tard,

Autant de réels qui donnent vie à interprétations,

Interprétations multiples, infinies,

Sens troqué contre un autre au fil de la peinture,

Parfois bien après,

Décision délicate, venant d'où?

Sens incessant...telle la métonymie,

...A un moment donné, elle cessera,

La main et l'oeil l'abandonneront.

Apparition du sort: PIECE TERMINEE.

Mais parfois trop insatisfaisante

Elle imposera la remise au travail.

 

Le réel jamais rattrapé

Nécessitera peut-être l'appel d'un nouveau bois flotté.

 

Irène Chollet/anciennement brut niniMC, Paris, octobre 2012

 

 

sans titre 1

 

Après douze ans de travail intime, sauvegardé,

Décide de le mettre en jeu,

Dans le circuit de l'échange.

Des milliers d'yeux regardent...

Instants de trouble...

Nécessité de dessiner des têtes

Sur des petites cartes de visite achetées à la hâte,

Comme une urgence.

Le travail se poursuit,

Encres, acrylique, feutres,

Papier, toile, isorel,

Dans tous les sens ça produit...

aux bois flottés succèdent des intrus

 

printemps 2016. 

balade sur les quais des bassins à flots à Bordeaux

à proximité des formes de radoub, 

d’un chantier de mécanique navale,

et des péniches habitées 

parfois en travaux.

 

mes yeux au sol.

rondelles, écrous, pointes, morceaux de fil de fer

sont éparpillés dans la poussière.

rouillés.

 

la rouille, passage du temps, 

temps humain, intempéries,

la rouille

couleur chaude

à variations multiples, 

parfois bleutée 

à cause de la flamme du chalumeau.

ces « restes » d’activités humaines

me poussent à en ramasser quelques uns.

 

j’y retourne.

tirefonds, vis de toutes tailles,

échappés des mains des hommes

ou vestiges d’une boîte renversée,

morceaux de lames de scie à métaux,

de tige filée,

lames de cutter,

fil de fer,

petits bouts de fer découpé,

métal fondu recroquevillé sur les bords,

quelques rares couvercles de boîte de conserve

et capsules de bouteille,

foultitude de restes de tiges de soudure de toutes tailles,

soudure agglomérée en un petit tas.

début d’une collection.

classement.

 

la petite fille que j’invite

prendra gout à ces moments de partage

qui se renouvellent

sur ce quasi no man’s land quasi silencieux,

les bruits des chantiers de construction proches

avec leurs grues,

les bruits lointains de la ville

nous accompagnent.

 

je suis bien

cette quête errante me sied

je suis libre

je suis en quasi sécurité.

 

 

Irène Chollet, juillet 2017